Automne 2016

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Chronique de I, ON, End,

de Eamonn Doyle

/ Self-published

 

Eamonn Doyle, i, (2014), ON (2015), End. (2016).

Self-published (D1), 2016, 90 euros

 

Sorti à la fin du printemps 2016, End conclut la trilogie d’Eamonn Doyle, reprenant et mêlant les codes de i. et ON, les deux premiers volets, il se compose lui-même de plusieurs mini-livrets.

En apparence très éloigné de l’influence japonaise, on peut pourtant trouver plusieurs points reliant le travail d’Eamonn Doyle à Provoke. Le photographe irlandais dresse une chorégraphie de sa ville, Dublin, en se concentrant sur ses habitants. Il aborde ce travail spécifiques en trois volumes, comme trois revues.

i. symbolise la redécouverte de la photographie pour Doyle : il saisit ses personnages en couleurs, la caméra est au-dessus de leurs têtes, les écrasant presque au sol, cachant leurs visages, et les abandonnant à leurs introspections.

En totale opposition, c’est dans ON que le rapprochement est le plus évident : les passants sont shootés de face, les corps sont en mouvement, dynamiques, ils sont pourtant inaccessibles, livrés à leurs pensées. Les noirs sont denses et charbonneux.

La ville est lourde, grise, couleur de pierre. Les personnages sont des étrangers, on en voit des détails, des matières, des gros plans, et pourtant aucune personnalité ne s’en dégage.

Après avoir travaillé une vingtaine d’années dans la musique, Eamonn Doyle revient vers la photographie en 2008, fortement influencé par l’oeuvre de Samuel Beckett, en saisissant ce qu’il connaît le mieux : sa ville, Dublin, et son quartier. La street photography ou le don de voir et de capturer la poésie fugace et l’incommunicabilité de l’ordinaire. Ses rues de prédilection sont O’Conell Street et Parnell Street. Le quotidien y a refait surface, mais chaque Dublinois y ressent les traces des émeutes de février 2006, résurgences du conflit nord-irlandais. C’est cette opposition en apparence tranquille qui transparait dans les images de Doyle. La ville est aussi importante que ses habitants, et le présent a conscience du passé.

Comme Provoke, Eamon Doyle repousse les limites de la photographie et la combine à d’autres d’expressions. Dans End., aboutissement de i. et de ON, les images de Doyle se mêlent aux illustrations de Niall Sweeney, et à la musique de David Donohue (un vinyle 7’’ est inséré). Cette alchimie est encore plus frappante en exposition, où, au milieu d’une installation de tirages d’échelles différentes, et par un jeu de trous dans un mur de portraits, le public devient inconsciemment passant lui aussi.