Printemps 2015

_

Chronique de A Drop in the Ocean,

de Alessandro Calabrese & Milo Montelli

/ Éditions du LIC

 

Alessandro Calabrese & Milo Montelli (édition de), A Drop in the Ocean

Éditions du LIC, 2014, reliure cartonnée, 106 pages, 47,50 euros

 

Simplicité et passion, voilà la première impression, et c’est la bonne. Puis vient ce petit goût nostalgique, avec même un zeste années 1970 de nos albums de famille, le tout mis en scène de façon résolument moderne.

Sergio Romagnoli, professeur de géographie et de sciences naturelles à Jesi, en Italie, est mort naturaliste et photographe amateur, tué (meurtre non élucidé) à Sao Tomé-et-Principe, archipel africain, en 1994, à l’âge de 37 ans. Lui et sa femme venaient de s’engager comme volontaires dans un orphelinat. Une façon de surmonter le chagrin de la mort récente de leur fils de 1 an.

A Drop in the Ocean, est né de la collaboration de Milo Montelli, Alessandro Calabrese, et Nicholas McLean. Les deux premiers sont italiens et photographes, éditeurs pour l’occasion, et le troisième a fondé les Éditions du LIC, en Norvège. Ensemble ils ont donné vie aux archives de Sergio Romagnoli, qui témoignait de son amour pour la nature par la photographie. Enfant, Milo Montelli entendait les récits des voyages et aventures du professeur, un ami de son père.

Milo Montelli et Alessandro Calabrese ont récupéré quelques albums du photographe amateur, décollé les tirages jaunis pour les scanner, et donné forme à ce corpus désorganisé. Ils s’inspirent de la photographie contemporaine pour mélanger les chapitres (détails de plantes, portraits, paysages, moments de vie, inventaire botanique), ou pour faire des associations improbables et maintenant évidentes (écorce d’arbre et peau d’éléphant, museau de chien et rocher pointu, par exemple). Cette modernité donne rythme et douceur à l’ouvrage, transformant l’album photo en livre d’artiste et manifeste sensible.

Cet ouvrage est aussi un ensemble d’indices qui font sens, car tous mènent vers une évidence, un hommage vibrant à un homme curieux, altruiste, citoyen, spontané et amateur : les albums récupérés compilent des photographies simplement annotées des lieux et dates de prises de vues. Seules les diapositives étaient classées ; elles représentent des plantes inventoriées par espèces. Appliquer la connaissance de la photographie contemporaine à cette collection permet de mettre en relief la pratique amateur du photographe.

C’est aussi un hommage à un homme en avance sur son temps, ayant pris conscience de l’impératif écologique depuis plus de vingt ans. La nature relie aussi Calabrese et Montelli, qui ont déjà collaboré ensemble sur Thoreau, fruit d’une résidence photographique d’Alessandro Calabrese, inspiré des écrits de Henry David Thoreau et publié en février 2014 par Milo Montelli aux éditions Skinnerboox.

Et comme une dernière évidence, renforçant l’admiration des deux amis, le titre tiré d’une carte postale envoyée par Sergio Romagnoli, et une leçon pour notre quotidien (aussi bien en termes d’écologie que de rapports humains) : « but a drop in the ocean is better than nothing. »