Automne 2014

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Chronique de The Shifter,

de Ari Marcopoulos & Richard Prince

/ Self-published

 

Ari Marcopoulos & Richard Prince, The Shifter

Auto-édité, 2014, 51 exemplaires, 25 euros

 

Du 9 au 13 avril 2014 à New York, en parallèle de l’Association of International Photography Art Dealers (Aipad), à quelques blocs de là, le libraire Fulton Ryder organisait Bepad, une foire aux livres dans une suite du Lowell Hotel, où avec les libraires Harper’s Books et Karma ils présentaient chacun leurs dernières pépites.

Sur la table de Karma se trouvait le deuxième zine conçu par l’artiste star Richard Prince et le photographe Ari Marcopoulos. Sur le même modèle que le précédent, Jungle Pam, paru en 2011, The Shifter est autopublié, édité à cinquante-et-un exemplaires et signé par les deux artistes. Les exemplaires, vendus au prix de 25 dollars, furent, on l’imagine, rapidement épuisés. Naissance du mythe.

Pour ce travail, Prince et Marcopoulos s’approprient des photos de la marque Hurst, fabricant de leviers de vitesses (shifters en anglais). Comme beaucoup d’entreprises du secteur automobile, Hurst a publié des catalogues où le bon goût se mesure aux mensurations et aux courbes avantageuses de poupées blondes. Linda Vaughn est Miss Hurst, l’ambassadrice de la marque. Ses cheveux décolorés, ses tenues courtes ou étriquées servent les fantasmes des amateurs de courses automobiles et de sensations fortes plus encore que les voitures elles-mêmes. La propagande sexiste s’étale sur les vingt-quatre pages du zine, la Miss posant de rares fois devant une voiture. C’est l’utilisation de la femme-objet que Prince et Marcopoulos souhaitent rappeler avec ce zine. Plus que le contenu même du livre, c’est son histoire qui le rend intéressant. L’association de Richard Prince et Ari Marcopoulos, le nombre très limité de copies, son lancement au Lowell Hotel : une équation parfaite.

D’un tout autre côté, cette publication souligne le versant spéculatif, et le fossé entre l’attention portée à l’objet et l’intention d’origine, un zine photocopié devient immédiatement un objet de collection dont le prix décuplera sans aucun doute rapidement.

En attendant la publication d’un troisième zine (possible mais pour le moment pas encore programmée), un exemplaire de The Shifter serait disponible à Paris à la librairie Yvon-Lambert… à moins qu’un collectionneur fou n’ait déjà dégainé plus vite que vous.