Printemps 2014

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Chronique de Windows, Mirrors, Tabletops,

de Lucas Blalock

/ Mörel books

 

Lucas Blalock, Windows Mirrors Tabletops

Mörel books, 2013, reliure toilée, 238 pages, 42€

 

Toile beige, sans titre apparent ni sur la première ni sur la dernière de couverture, pas même sur le dos, ce pourrait être un journal intime, un agenda, un missel. Mais non, c’est plus complexe.

Pardon, plus concept. Au premier feuilletage, le livre interpelle et accroche, tant la promesse extérieure est mise à mal, menant le lecteur dans une zone expérimentale, intrigante et décalée.

Windows, Mirrors Tabletops fait référence à une enseigne lumineuse devant laquelle passait Lucas Blalock tous les matins, et aussi à « Mirrors & Windows », exposition orchestrée par John Szarkowski au MOMA en 1978. Les artistes étaient classés selon deux catégories : « windows » regroupait les photographes du réel (Garry Winogrand, Robert Frank…), et « mirrors » ceux qui en proposaient une interprétation romantique (Robert Heinecken, Robert Rauschenberg…). Lucas Blalock y ajoute « tabletops », afin d’inclure ses natures mortes, et l’utilisation de Photoshop comme support.

Les clés principales de l’ouvrage sont données dans l’entretien de Lucas Blalock avec l’artiste, commissaire et auteur David Campany. Lucas Blalock documente ses performances photographiques et pousse les limites de l’outil, laissant une large place à l’improvisation pendant la prise de vues, et libre cours à son « jazz photographique » (Photoshop) pour la finalisation. Pour lui, ce qui importe, c’est la façon de regarder, de photographier, avec un ton direct dans la réalisation, une lumière neutre. Il faut appréhender cet ensemble de photographies sans queue ni tête (apparentes) comme un carnet de notes, dans lequel il revient sans cesse sur des idées insuffisamment exploitées.

La référence à « Mirrors & Windows » et le questionnement des limites de la photographie inscrivent ce livre dans la tendance : « Difficile à comprendre et à suivre… mais est-ce bien important ? ». Devant cette complexité se tiennent des photographies sibyllines où l’esthétisme prime, et c’est cela qui nous plaît. Dans cette famille des « surréalistes modernes » ou des artistes « neo pop », c’est selon, se retrouvent quelques uns des auteurs des livres les plus intéressants de ces deux dernières années : Roe Ethridge, Torbjorn Rodland, Sam Falls, Daniel Gordon, Paul Salveson.